L’eau, la santé et la vie des femmes

Ce que j'ai porté à Genève.

Je suis vivante parce que j'ai eu accès aux soins.

J'ai survécu à un cancer, à un infarctus, à un accident vasculaire cérébral. Non parce que mon corps était plus fort qu'un autre, mais parce qu'il y avait, au bon moment, un hôpital, de l'eau propre, un traitement. Ce n'est pas un mérite. C'est une chance, et une chance oblige.

Car ailleurs, au même instant, une femme mène exactement les mêmes combats sans hôpital et sans eau sûre. Son corps n'est pas plus fragile que le mien. C'est son accès qui l'est. Toute la distance entre elle et moi tient là, dans ce mot qu'on croit technique et qui décide pourtant de qui vit : l'accès.

À Genève, à La Réserve, lors de l'événement de l'ONG No Water No Us, j'ai porté cette vérité devant une salle de décideurs venus du monde entier. La santé des femmes en Afrique n'est pas un sujet de charité. C'est un sujet d'infrastructure, de dignité et de stratégie.

L'eau est le premier des soins. Sans eau propre, pas de santé, pas de dignité possible. Et ce sont les femmes qui portent l'eau, qui veillent les malades, qui perdent les enfants, qui paient la première facture de chaque défaillance écologique. C'est pour cela que l'écologie et la santé des femmes ne sont pas deux causes. C'est la même. On ne peut pas défendre l'une en abandonnant l'autre.

On retrouve partout le même modèle : on extrait l'eau, la terre et la santé des mêmes lieux d'où l'on extrait déjà tout le reste. Ce que je défends, en médecine comme en leadership, c'est l'inverse : un modèle qui restaure au lieu d'épuiser.

Ma conviction est simple, et je l'ai posée telle quelle à Genève. Restaurez l'accès, et une femme se relève. Restaurez une femme, et vous restaurez une famille, un village, un monde. Ce n'est pas de la sentimentalité. C'est le meilleur rendement qui existe.

On ne sauve pas une femme. On lui rend ce qui n'aurait jamais dû lui être retiré. Et alors, c'est elle qui relève le reste.

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