La souveraineté ne se demande pas
Ce que j'ai compris en prenant le micro à l'Élysée.
On m'avait reçue à l'Élysée. On ne m'avait pas invitée à parler.
C'était en avril, en amont du Sommet Africa Forward. J'étais là comme participante, pas comme oratrice. À un moment, le micro a circulé, et il y a eu ce court silence où l'on peut choisir de laisser passer son tour, comme on nous a appris à le faire. Je ne l'ai pas laissé passer. J'ai pris le micro.
J'ai posé au Président de la République une seule question : quelle place, et quel financement, la France réserve-t-elle aux femmes africaines comme autrices de pensée, et non comme bénéficiaires de programmes ?
Toute la différence est là, dans ces deux mots. Une bénéficiaire est quelqu'un qu'on aide, définie par ce qui lui manque. Une autrice de pensée est quelqu'un qui décide, qui nomme, qui façonne. Mon travail tout entier consiste à faire passer les femmes de la première catégorie à la seconde. Et je ne pouvais pas porter ce message assise, en silence, en attendant qu'on me donne la parole.
Ce que j'ai compris ce jour-là tient en une phrase : la souveraineté ne se demande pas. Si vous attendez la permission de parler, vous attendrez toujours. Le micro ne vient pas à vous. On le prend. Avec grâce, avec fermeté, mais on le prend.
Ce n'est pas de l'arrogance. C'est même l'exact contraire de la posture qu'on enseigne aux femmes, et plus encore aux femmes africaines : attends ton tour, sois reconnaissante, ne dérange pas. Notre continent a été raconté par d'autres pendant trop longtemps. La souveraineté, c'est décider d'être celle qui raconte.
Aux femmes que j'accompagne, je le répète souvent : n'attends pas de te sentir légitime pour parler. La légitimité ne précède pas la prise de parole, elle en découle. C'est en parlant qu'on devient légitime, jamais l'inverse. La place ne se donne pas. Elle se prend, puis elle se tient.
La souveraineté ne se donne pas et ne se demande pas. Elle se prend, avec grâce, et ensuite elle se tient.