L’IA qui rend plus qu’elle ne prend
Ce qu'une intelligence artificielle suisse dit de la régénération
On me demande souvent si une intelligence artificielle peut être éthique, comme on demanderait si l'eau peut être sèche. Derrière la question, il y a une résignation : l'IA prendrait forcément quelque chose, nos données, notre énergie, notre part d'humanité, et il faudrait s'y faire. Je ne le crois pas. Et depuis peu, un exemple venu de Suisse me donne raison.
En décembre 2025, l'hébergeur suisse Infomaniak a lancé un assistant baptisé Euria. Je ne suis pas là pour en faire la promotion, je n'ai rien à y gagner. Ce qui m'intéresse, c'est qu'il rend visible, dans le réel, une chose que je défends en théorie depuis longtemps : une IA peut être bâtie pour restaurer, et pas seulement pour extraire.
Regarde d'abord ce qu'elle fait de tes données. Rien. Elle ne les conserve pas, elle ne s'en sert pas pour entraîner ses modèles, et un mode éphémère efface l'échange sans laisser de trace. Tout est hébergé en Suisse, sous le droit suisse. Pour moi, ce n'est pas un détail technique, c'est une question de dignité. La donnée d'une femme, d'un client, d'un patient, n'est pas un gisement qu'on aspire. C'est un dépôt qu'on garde. Une IA qui l'a compris a déjà changé de camp.
Mais voici ce qui m'a vraiment arrêtée. Les serveurs qui font tourner cette IA dégagent de la chaleur, comme tous les serveurs du monde. Sauf qu'ici, cette chaleur n'est pas perdue : elle est récupérée et injectée dans le réseau de chauffage à distance de Genève. À pleine capacité, selon Infomaniak, de quoi chauffer jusqu'à six mille logements et éviter près de trois mille six cents tonnes de CO₂ par an. Arrête-toi une seconde sur l'image. Une intelligence artificielle qui, pour fonctionner, réchauffe des appartements. Une machine qui rend de la chaleur au lieu de ne prendre que du courant. C'est exactement ce que j'appelle le régénératif : laisser le terrain meilleur qu'on ne l'a trouvé.
Je te dois aussi la nuance, parce que je me méfie des récits trop propres. Cette IA s'appuie sur des modèles open source, et le dirigeant d'Infomaniak le reconnaît lui-même : aucun des modèles les plus performants n'est européen aujourd'hui. La souveraineté a donc un prix, parfois un peu de puissance brute. Une IA éthique n'est pas une IA parfaite, c'est une IA qui a choisi ce qu'elle refusait de sacrifier : la vie privée, l'énergie propre, la juridiction. Ce ne sont pas des arguments de vente, ce sont des renoncements assumés. Et un renoncement assumé n'est pas une faiblesse, c'est une position.
Je ne parle pas d'Euria pour te dire quel outil installer. J'en parle parce qu'il prouve une chose que beaucoup, dans le luxe comme dans l'entreprise, croient encore impossible : on peut adopter les intelligences les plus avancées sans trahir la main, la vérité, le vivant. La question n'a jamais été d'être pour ou contre l'IA. La seule qui vaille est celle-ci : est-ce qu'elle restaure, ou est-ce qu'elle épuise ? Un même outil peut faire les deux. C'est nous qui tranchons.
On croit choisir une technologie. On choisit toujours un monde. Moi, je choisis celui où même nos machines apprennent à rendre un peu de chaleur.
*contenu non commercial